Omaha beach

Le titre qui nous avait rendus célèbres mourrait à petit feu et nous décidâmes à l'écoute des maquettes que le prochain titre serait Omaha Beach.

Le titre était moins évident que le premier mais nous voulions marquer le coup et ne pas devenir des sorteurs de single sans avenir.

Marianna participa beaucoup à l'enregistrement qui eu lieu entre deux queues de promos, s'impliquant de toute son âme dans le projet , chantant enfin sur les couplets.

Toute la maison de disque fut conviée au studio pour entendre les mises à plat et trouva ce follow up formidable.

Le mix fut confié à un anglais qui avait bossé avec Peter Gabriel et les simple Minds dont la seul évocation avait valeur de passeport pour nous deux.

La photo fut faite à Saint Malo , sur la plage et la pochette fut très belle avec une Marianna tout de blanc vêtue et en avant par rapport à moi.

Le photographe faisait beaucoup de pochettes pour tous les labels mais s'entendait particulièrement bien avec nous. Il avait fait toutes nos photos de presse et était devenu un ami.

Gilles partageait les passions de Marianna pour le Bauhaus (le mouvement, même si nous adorions le groupe), il faisait pas mal de mode  et nous appelait de temps en temps pour avoir notre avis sur telle ou telle séance qu'il avait faite ou qui devait venir.

Nous nous sommes ainsi retrouvés à faire la pochette du "Voilà les Anges" de Gamine un jour ou nous trainions par là et c'est moi qui tiens le projecteur de diapos dont l'image diffusée fait la pochette.

Nous avions pris le temps de paufiner tous les détails car nous savions que ce titre serait écouté attentivement , maintenant que nous étions des vedettes.

La face B , hommage à Philip K Dick , s'appelait "Ubik", la typo était manuscrite comme nous le voulions et le maxi comportait un inédit qui était une reprise, histoire de contenter les Fans.

Nous attaquions le marché avec un bon look et un bon son.

Le single venait d'etre envoyé en radio et commençait à passer tout de suite partout quand le producteur nous appris :

-"Tout le monde vient d'etre viré chez WEA" et c'est une autre équipe qui arrive"

Tout le monde , cela signifiait , naturellement , tous ceux qui nous avaient signés.

Pas la piétaille des attachés de presse mais tout le marketing et tous ceux qui avaient le décisionnel en main.

La nouvelle équipe ne nous aimait pas du tout.

Nous avons mis des semaines avant d'avoir un rendez vous avec eux pour se présenter.

Nous n'avions pas compris que nous étions les poulains des anciens et que pour rien au monde, ils n'auraient fait un effort pour nous car s'ils avaient réussis le follow up sur le titre, ils auraient accrédité l'idée que ceux d'avant n'étaient pas si mauvais que cela .

Malgré tous nos efforts et les promos que nous avons réussi à avoir grâce à nos nouvelles connaissances acquises lors festivités du premier titre , nous n'allions pas avoir de clip et le titre , peu soutenu ne resta que quelques semaines dans les play list.

Le nouveau directeur de la promo ne nous voyait donc pas d'un bon ºil et préféra signer le grand retour de Marie Myriam mais aussi celui d' Herbert Léonard sans oublier de promotionner, jusqu'au bout ,son petit protégé qu'était Miguel Bosé qui, disait on ,avait un directeur de promo dans chaque pays.

L'ancienne équipe avait entièrement migrée chez EMI et nous faisait des yeux doux pour que nous venions chez eux.

Un single qui plante n'est pas grave , mais il faut absolument que le suivant soit en béton.

Nous partîmes de chez WEA et allâmes directement chez EMI en se débarrassant au passage du producteur qui nous empêchait de plus en plus de s'exprimer.

Ce qui était dommage , c'est qu'Omaha beach était et reste ma chanson préférée de notre carrière et que la gâcher ainsi me fit vraiment mal au coeur.

Je l'avais en partie écrite durant l'enterrement de ma grand mère qui été décédé au moment de mes trois jours, deux ans auparavant.

Seul" Fripounnet" , le journal des enfants, fit une critique élogieuse de la chanson ou l'on lisait entre les lignes que le journaliste avait vraiment aimé le titre et il la proposait à son jeune lectorat qui ignorait tout de la période 39/45 comme étant une ºuvre éducatrice, comme quoi !

Nous fîmes quelques galas supplémentaires au début pour assurer l'avenir mais déjà pour moins cher car le titre était sorti du top et l'autre n'arrivait pas encore .Notre version du titre de Visage fit que quelques personnes nous demandèrent si nous avions fait parti du groupe avant, à notre grand étonnement.

C'était la reprise idéale pour équilibrer le set au point de vue des interventions de chacun: pour notre public déclaré : "une fille , un garçon , une valise à ses cotésSõ."

La valise, on nous avait presque aidé à la fermer chez WEA

L'arrivée chez EMI fut rapide et on nous fila une avance rondelette  sans avoir rien écouté.

Le Palais accepta de coproduire avec nous le troisième titre de l'aventure et , rapidement , nous fumes en studio pour enregistrer une de nos vielles chansons : "Dans un autre pays".

C'était le genre de titre à la Canada Dry.

Ca ressemblait aux "yeux de Laura" , ça sentait bon le tube avec des paroles absconses et un refrain entêtant . Le marketing était aux anges et il fut bien vite décidé de faire un clip. De plus , celui là serait réalisé par nous car nous savions comment faire à présent.

Tout le scénario fut adapté aux paroles qui traitait des paradis artificiels ,de Lewis Carrol et de malice aux pays des merveilles.

Trois thèmes qui nous étaient chers, même si j'avais arrêté de fumer des pétards et des clopes depuis que je connaissais Marianna..

Nous fîmes toute la décoration des plateaux pendant des semaines avec toute l'équipe dont le chef Déco était le frere de Garouste ou de Bonnetti , je ne me rappelle jamais qui est qui.

Il vivait dans un loft sur trois étages ou toute la décoration avait été faite en trompe-l'ºil et évoquait le palais d'une princesse.

Il vivait avec une jolie danseuse qui joua le rôle de la méchante fée dans le clip.

Il fut décidé de tourner le tout en 35 millimètres et la Promo EMI nous fit part de son envie de travailler avec nous car ils avaient , Dixit, envoyé le disque à quelque radios pilotes qui bastonnaient déjà le titre.

Tout partait , de nouveau ,sous les meilleurs augures.

Le clip fut difficile à tourner pour des raisons de séjours prolongés dans une eau saumâtre ou d'armures difficiles à porter .

De plus, la co-réalisatrice qui devait nous aider pendant que nous tournions comme regard extérieur, fit des crises d'hystéries sur le tournage et fut virée le deuxième jour par la production , nous laissant totalement  seuls aux commandes.

Il rentra directement "clip de la semaine sur M6"  pour ne plus jamais apparaître après ce court laps de temps à notre grand étonnement et les radios trépignaient d'avoir le disque que leurs confrères passaient déjà.

Elles ne le reçurent pas ou alors , de telle manière  que plus une n'eut l'envie de bosser la chanson.

Le fait que notre ancienne équipe ait débarqué chez EMI avait mis en ºuvre le fameux jeu des chaises musicales et la directrice de la promo d'EMI avait ainsi vu son ex- amant se faire virer et ne l'avait pas pardonné aux zozos qui débarquaient.

Elle les avait laissé dépenser des budgets importants sur le groupe pour mieux les couler ensuite quand viendrait l'heure des comptes , après qu'elle eut sabordé la promo de quelques titres.

Elle fut virée à son tour, bien plus tard, et finit chez AB production ou elle resta quinze jours avant d'être , là aussi , virée avec pertes et fracas.

Pendant que notre titre stagnait dans les tiroirs, l'ancien producteur nous repris toute l'avance que nous avions eu d'EMI car il nous menaçait de procès et de tout faire arrêter. Il avait déposé notre nom à L'INPI et en était le propriétaire exclusif devant la loi. Il nous demandait 100 000 FF pour le récupérer.

Nous avons payé et sommes devenus les propriétaires d'une coquille vide.

C'était trop .

Il fallait arrêter ce carnage émotionnel qu'était devenue la musique .Tous nos efforts d'implication et le stress de leur destruction systématique par d'autres ne faisaient plus que nous séparer un peu plus chaque jour ,Marianna et moi.

Six mois suivirent pendant lesquels nous furent de toutes les soirées pendant lesquelles Marianna batifolait de fille en fille devant mes yeux, roulant des pelles à l'une , allant plus loin ,dans des toilettes ,avec d'autres pour mieux me raconter ses aventures que j'imaginai déjà tranquillement en sirotant au bar.

Des mecs lui faisaient des avances qu'elle repoussait mollement sous mes yeux et notre photographe , qui était aussi notre ami , vint jusqu'à lui déposer des roses de chez La Chaume pour lui révéler sa passion. Notre téléphone ne sonnait plus , sauf en de rares occasions , quand ma mère appelait pour savoir si tout allait bien.

Parmi les rares fidèles , il y avait Pâquerette qui nous emmenait toujours dans des endroits bizarres ou une faune hétéroclite venait se dessaler.

Il avait été DJ à "La piscine " et je le connaissais depuis l'époque de Champs disques quand j'allais lui amener des disques après le travail.

C'était un passionné de Disco mais c'était surtout le plus raffiné des travestis.

Physiquement , c'était un mélange subtil de Pete Burns du groupe Dead or Alive et du mec d'Army of lovers qui chantait : "I'm crucified

Il faisait pute au bois et il n'était pas rare d'arriver chez lui et de trouver un mec attaché au radiateur ou sur la croix de Saint André qui ornait sa chambre.

Il faisait bosser un escadron de garçons et fournissait la camionnette de leurs ébats bucoliques.

Sa meilleure copine , à part Marianna, était une militante d'Act Up qui était en plein dans le trip camionneuse.

Elle était cependant asexuée et n'avait jamais couché avec quoi que ce soit mais était sure qu'à choisir, elle était gouine!

Chez lui , on trouvait des tableaux de maîtres.

Picasso , Buffet  et d'autres ornaient les murs de son appartement couvert de velours rouge . En permanence des lumières sur modulateur clignotaient et partout des lava lamps du plus bel effet trônaient.

La musique était toujours à fond quand ce n'était pas la Télévision , au grand dam de ses voisins.

Il y avait toujours table ouverte pour se amis et les billets de banque de son travail remplissaient des sacs de courses du super marché qui traînaient un peu partout .

Il était spécialisé dans le Sm hard et profitait des WE pour aller à Londres dans des soirées ou le sang coulait des veines des plus atteints.

Il nous racontais les désirs de ses clients , sans jamais les nommer , et nous assurait qu'il avait dans son carnet des ministres et plein d'autres gens haut placés qui l'imploraient de venir chez eux en l'appelant Maîtresse quand ils étaient libres et quand ils méritaient , d'après eux ,une bonne correction.

C'était la plus mauvaise langue que j'ai jamais rencontré mais c'était avec un humour  si vif qu'il désarmait tout le monde.

Tout le monde , sauf celui qui le flingua un jour, alors qu'il s'était retiré en Normandie , après que sa maison parisienne eut brûlé de manière criminelle. Il avait monté une petite auberge pour couples échangistes qui voulaient profiter du climat .

Quand j'ai appris cela , bien des années plus tard, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'il avait eu la fin tragique qu'avait connu au bois "Lytchee" , un de nos autres pote travelo, mais je suis sur que c'est lui qui a voulu sa fin car il se sentait seul en Normandie et était interdit de séjour dans la capitale.

J'avais été lui rendre visite sur place, avant "l'accident" et il avait joué son rôle de fermière lubrique avec beaucoup de conviction en me racontant comment il nourrissait ses poules et comment il venait d' empaler, sans aucun problèmes, sur un énorme God, le directeur d'une radio parisienne après l'avoir cravaché , comme il se devait.

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